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Burn out, bore out, brown out, RPS, … tout un champ lexical de maladies ou risques professionnels se développe ces dernières années. Un diagnostic sans appel : une organisation qui rend malade ses collaborateurs.

Un des symptômes de cette maladie : la perte de sens.

C’est grave docteur ? Ça se soigne ?

Aujourd’hui, la réponse apportée est souvent individuelle : accompagnement psychologique, bilans de compétences, bilans professionnels, … Permettre à chacun de cheminer et de trouver sa voie pour un mieux-être personnel et professionnel. C’est essentiel en effet. Et l’organisation dans tout ça ?

Le contexte actuel des organisations est dynamique, en perpétuelle évolution, réinterrogeant les métiers, les pratiques, les compétences, les modalités de travail, … Le digital a accéléré le mouvement, précipité les changements. Chaque collaborateur est chamboulé dans ses certitudes. Comment l’organisation peut-elle être vecteur de sens au travail dans ce contexte mouvant ?

Et si nous ralentissions pour prendre du recul ? Au lieu de se focaliser uniquement sur les changements, chaque dirigeant peut se concentrer sur l’ADN de son organisation. Le vrai défi pour l’entreprise aujourd’hui, ce n’est pas de changer, c’est d’évoluer : ne pas se perdre, ni perdre ses collaborateurs en route. Prendre le temps de revenir à ses essentiels, sa raison d’être, ses valeurs.  Lorsqu’un dirigeant crée son entreprise, il s’interroge sur ce qu’il souhaite apporter, sur sa différenciation. Au-delà d’un positionnement marché, il met une empreinte personnelle dans cette création d’entreprise. Dans le concept, dans son offre, il réfléchit à sa valeur ajoutée, au sens de son entreprise.

Puis, l’entreprise mûrit, le chef d’entreprise s’entoure d’une équipe qui va continuer à faire grandir son projet, ensemble. Elle s’adapte aux réalités du terrain, aux exigences de ses clients, aux nouveautés, … Ses produits, ses services évoluent. Elle continue de vivre, d’innover ! Elle prend son envol, génial ! Mais est-elle toujours en phase avec son ADN, avec ses valeurs ? Celles-ci ont-elles évoluées ? L’équipe intégrée est-elle en phase avec celles-ci ? S’interroger régulièrement sur le sens de son entreprise et ses spécificités redonne du sens à l’organisation.

Evidemment lorsque l’entreprise se structure, le manager a un rôle essentiel pour permettre à chacun de se nourrir de ce sens : partager le projet de l’entreprise, l’animer, le traduire de manière cohérente dans le quotidien de ses équipes, impliquer ses collaborateurs.

Pour avoir du sens, chaque collaborateur a besoin de connaître le cap de l’entreprise et d’adhérer à son projet, d’être en phase avec ses valeurs. D’après VANDENBERGHE, « Travailler pour une entreprise dont on épouse les valeurs et les objectifs est préférable pour la santé personnelle de l’individu. Ceci peut s’expliquer par le fait que le travail accompli répond beaucoup plus dans ce cas aux valeurs personnelles de l’individu. »[1].

Un vrai challenge pour les managers ! En effet, cela nécessite d’écouter et de communiquer chaque jour avec ses collaborateurs, de s’assurer qu’ils sont en phase. C’est aussi faire preuve de cohérence dans son management.  Imaginez le grand écart pour un collaborateur si son N+1 lui demande de réaliser une tâche en contradiction avec la raison d’être de l’entreprise, ou encore avec ses propres valeurs. Quid du sens pour celui-ci ? Véritable paradoxe lorsque le manager est lui-même en désaccord avec les valeurs ou la stratégie qu’il doit porter !

De plus, les salariés en perte de sens au travail expriment souvent un manque de reconnaissance. Donner du sens à son équipe pour le manager, c’est aussi donner de la reconnaissance au quotidien à ses collaborateurs. Reconnaître le travail de chacun, ses résultats, l’investissement fourni, c’est inscrire le collaborateur dans l’organisation. Rendre visible le travail de chacun, valoriser le travail réalisé, c’est redonner sa place à chacun. Faut-il encore savoir à quelle reconnaissance est sensible chacun et être en adéquation sur ce qu’est un travail bien fait ! Tâche difficile pour les managers, qui peuvent eux-mêmes ne pas bénéficier de cette reconnaissance.

Bref, un beau défi à relever au quotidien pour les managers. Soigner ces maladies sclérosantes, afin de retrouver des repères, nécessite d’agir sur l’organisation et de se recentrer sur l’humain.

[1] VANDENBERGHE C, (2006) L’engagement organisationnel peut-il favoriser le bien être des salariés ? Management des organisations, Editions d’Organisation

Gwenaëlle JONCOUR -Consultante RH, Formatrice et Psychologue, Accomplir

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Pendant les vacances j’ai écouté une émission de radio dont le sujet était « A-t-on encore le temps de perdre son temps ? ».

Cela m’a donné envie de m’arrêter un instant pour réfléchir à cette notion et l’appliquer à l’entreprise au sein de laquelle la performance est souvent très étroitement liée au temps : Il faut toujours aller plus vite, produire plus en moins de temps, … ne pas perdre de temps !

Mais quel effet cette course effrénée a-t ’elle sur nous, notre management, sur nos collaborateurs ? Cela a-t ’il un sens ?

Qui n’a jamais dit : « tout s’accélère » ou bien « le temps passe plus vite qu’avant » ou encore « je n’ai plus le temps de rien » !

En fait non, le temps ne passe pas plus vite qu’avant, rassurez-vous ! Cette impression est en partie générée par nos comportements : nous remplissons davantage notre temps. Prenons par exemple, l’arrivée des nouveaux outils technologiques censés nous libérer du temps ! Ils nous ont effectivement libéré du temps que nous nous sommes empressés de … remplir ! D’où cette sensation d’accélération. Et lorsque tout s’accélère, on a le sentiment de perdre le contrôle, on n’est plus dans l’action, mais dans la réaction.

Le risque est alors grand de passer à côté de l’essentiel, et dans l’entreprise l’essentiel c’est quoi ? : les femmes et les hommes qui la composent. Dans la précipitation, on peut prendre de mauvaises décisions, être pressé, distant, pas à l’écoute, … Il apparaît alors nécessaire de s’arrêter, de prendre le temps, pour laisser la réflexion se faire autrement, pour prendre de la hauteur, pour discuter, échanger, par exemple autour d’un café, avec ses collègues, ses collaborateurs. Cela permettra, entre autres choses, de consolider la relation parfois un peu malmenée au cours de l’année.

Nous vous entendons d’ici dire : « je n’ai pas de temps à perdre, même si cela me ferait plaisir ! ». Alors, croyez-nous, ce moment que vous aurez pris avec votre collaborateur(-trice), est un réel investissement pour la suite. En effet, en tant que manager, votre rôle principal est de conduire, d’orchestrer votre équipe. Pour cela il est primordial de savoir dans quelles dispositions sont vos collaborateurs, disposition physique (état de fatigue, stress, …) mais également disposition mentale (positif, motivé ou au contraire stressé, déprimé, en perte total d’envie, …).

En l’absence de ces indications, le risque est grand de leur confier des dossiers, des missions qui ne les intéressent que peu, de trop tirer sur la corde, de mener vos collaborateurs dans le mur, jusqu’à l’épuisement, le désengagement, voir la rupture, vous retrouvant alors à devoir faire vous-même, voir, d’être obligé de recruter un nouveau collaborateur, qu’il faudra former … Quelle perte de temps et d’énergie ! On quitte rarement une entreprise du fait même de l’entreprise, le plus souvent on la quitte à cause de son manager ! Il est donc essentiel de soigner sa relation avec chaque collaborateur, car celle-ci détermine leur fidélité (cf. article de juillet « de la déconnexion à la reconnexion, … » écrit par Gwenaëlle JONCOUR)

Par ailleurs, un des rôles du manager, c’est aussi de décider de la direction dans laquelle aller, de choisir une stratégie, de prendre des décisions, … Comment voulez-vous y arriver si vous êtes la tête dans le guidon, si vous ne vous extrayez pas de l’agitation, si vous ne vous posez pas ?  Des études ont mis en évidence que le cerveau avait besoin de périodes de repos. Le Pr Francis EUSTACHE, par exemple, chercheur à l’INSERM, appelle cela le mode par défaut. Pour ce neuropsychologue spécialiste de la mémoire, ce mode permet entre autres au cerveau, de faire la synthèse entre les informations nouvelles et celles plus anciennes, de trouver une cohérence autobiographique, de construire sa mémoire.

Je citerai le témoignage d’Olivier, manager dans le secteur industriel, stagiaire à l’école des talents : « Avant ma participation à l’école de talents, je courrais partout, j’étais très présent sur le terrain à faire moi-même pour gagner du temps, avoir une meilleure cadence, … mais cela m’empêchait de prendre du recul. Un jour la chaîne de production s’est arrêtée suite à un problème technique. Nous avons mis des heures à trouver la panne qui pourtant était évidente ! Aujourd’hui, après avoir suivi l’école des talents, j’ai changé ma façon de manager, je suis bien moins sur le terrain. Il y a peu, mon chef d’équipe est venu me chercher pour une panne dont il ne trouvait pas l’origine. Après quelques minutes sur place, j’ai trouvé d’où venait le problème qui a pu être réparé très rapidement. Grâce à cette prise de recul, je suis bien plus efficace, et je gagne donc du temps ! »

Alors en ce mois de rentrée, nous vous invitons à ne pas repartir « pied au plancher ». Permettez à votre esprit de rêvasser, vous gagnerez en prise de recul et en créativité. Prenez le temps, pour, d’une part passer du temps avec celles et ceux qui vous entourent et d’autre part pour réfléchir à quelle direction vous souhaitez prendre, quelles actions vous souhaitez mettre en place …

Nathalie SIBRE – Consultante RH et Coach, Accomplir